On a tous un lieu dans lequel on a des souvenirs plus forts que tous les autres. Un lieu dans lequel on a partagé certains des moments les plus forts de sa vie. Un endroit où l'on a vécu tellement de choses que lorsque l'on y retourne, les souvenirs sont tellement intenses que l'on se revoit, quelques temps auparavant, avec les personnes qui étaient à nos côtés et qui on partagé ces moments ou qui en ont fait partie. Ce sont des lieux dans lesquels on se voit mal vivre sans la personne avec qui on a partagé. Aujourd'hui, j'ai retrouvé un de ces lieux. Cette chambre, cet appartement, cette station de ski. Mais le plus marquant de ces endroits est la chambre. Celle dans laquelle, pour la première fois, on a pu passer plus de temps ensemble, celle dans laquelle on a passé pour la première fois, 6 nuits consécutives. On a passé une semaine ensemble dans ce petit paradis, je vois encore les affaires, étalées partout, les tables de nuits bondées de choses qui n'ont rien à faire sur une table de nuit, je vois ce porte manteau avec sa veste « épileptique » suspendue. Je vois ce coin de fond de chambre où il y avait sa valise et un tas de fringues au dessus. Je vois mon lit, en bas, là où l'on entassait toutes nos affaires ; son lit au dessus toujours bien rangé. Et je le vois dormir le matin pendant que je prenais mon petit déjeuner, je le vois dormir alors que je rentre me recoucher pour l'attendre. Je revois nos soirées de discussions, je le revois jouer sur sa psp pendant que je prenais ma douche et à mon retour, il était, là, couché sur mon lit, toujours en train de jouer. Et lorsque je sors de cette chambre, je vois ce salon, là où on a passé le réveillon du nouvel an, là où on s'est posé pour regarder des émissions débiles à la télé. Et je nous revois, chaque matin, nous préparant pour aller skier, une demi heure de douche pour monsieur, pendant que moi j'attends, ou je déjeune. Et enfin je nous revois, prêts à partir, descendant ces escaliers, traversant le couloir, encore des escaliers, entrant dans le local à ski. Chaque jour on faisait la course en mettant nos chaussures. Et chaque jour, je gagnais. Alors on sort les planches du casier, on finit de s'habiller, bonnet, masque, lunettes, moufles. Et enfin on part. On chausse et on descend prendre la première remontée de la journée. Journée qui ne commençait souvent pas avant 12 heures. Et alors on commence à descendre les pistes, parfois, on arrive à rejoindre mes parents. Parfois. Sinon, on se retrouve au bar le midi pour manger. Toujours le même bar. Chaque jour le même rendez-vous. Puis on repart pour une mini après-midi de ski. Je nous revois sur cette noire, lui m'emmenant en hors piste, me donnant sa caméra pour que je filme son saut. Alors je filme. Puis on rejoint mes parents. Je le revois sur cette rouge, couché, la tête dans les mains après une chute. Je nous revois, essayant de descendre en se tenant les mains et finalement, au bout de 30 secondes et demi nous séparer parce que frôlant la chute. Je le revois partir en hors piste et revenir 10 minutes plus tard avec de la neige partout : « Putain, y'avait pas de traces j'me suis perdu je crois ! ». Je le revois, descendant chaque piste plus vite l'une que l'autre, toujours devant. Et je revois nos bisous, à chaque fois que je réussissais à les rejoindre. Sur les télésièges criant tout et n'importe quoi à tous les gens en bas. Je me souviens de ce chemin que l'on prenait pour éviter le monde. Chemin que l'on était obligé de faire à pieds, dans lequel on s'est battus et dans lequel j'ai finis dans la poudreuse. Je revois notre épopée pour aller au snowparc afin que je puisse le filmer pendant qu'il sautait. Je me souviens de tout, dans les moindres détails. Son arrivée en bus, à la mairie, moi qui attendais dans le froid depuis 30 minutes mais malgré tout une grande joie lorsque je l'ai vu à travers cette vitre. Je nous revois au restaurant, au bowling (mémorable), le soir du jour de l'an couché au milieu de la rue. Je revois tout, absolument tout.
Mais aujourd'hui, je suis obligée de vivre cela seule. Parce que tu aurais dû venir ! C'était prévu, j'avais imaginé et espéré au plus profond de moi, jusqu'au dernier moment que l'on pourrait revivre cette magie. Et je ne me sens pas la force d'affronter tout cela toute seule. Tu aurais dû venir ! Tu devrais être là, à déballer tes affaires avec moi, à aller chercher ton forfait et louer ton matériel, comme la première fois. Ta valise devrait être retournée dans ce coin, ta veste accrochée sur ce porte-manteau. Tes chaussures devraient être dans l'entrée, ton manteau aussi. Tu aurais dû être là ce soir pour le spectacle. Ton portable et ta Psp devraient être en train de charger dans la chambre parce qu'ils auraient dû fonctionner toute la journée dans la voiture. Tu aurais aussi dû être avec moi dans cette voiture. On aurait dû revivre ce rêve une seconde fois, redescendre ces pistes, retomber, reprendre les mêmes télésièges. On aurait dû partir ensemble le matin, rentrer ensemble le soir, dormir ensemble. Tout ! On aurait dû tout revivre ensemble. Tu ne devrais pas être chez toi et moi ici. Il ne devrait pas y avoir autant de kilomètres qui nous séparent. Tu devrais être ici. Parce que c'est ce que font les gens qui s'aiment. Et moi je t'aime. Alors tu devrais être là, avec moi. Tu devrais être à mes côtés et moi, je ne devrais pas être couchée là, sur ce lit, à écrire cette stupide page. C'était prévu putain, c'était prévu ! Tu devrais être là, et cet article n'aurait jamais dû exister...